Grolleau d’Anjou : le rebond inattendu d’un cépage oublié
Un retour sur le devant de la scène
Le Grolleau, ce nom qui grince, fut longtemps relégué dans l’ombre, décrié pour des vins jugés “dilués” ou “légers”. Pourtant, ce cépage autochtone du Val de Loire (il doit son nom au mot “grolle”, corneille en patois), a longtemps régné sur les rouges et rosés d’Anjou et du Saumurois : plus de 13 000 ha au milieu du XXe siècle, contre moins de 2 000 aujourd’hui (source : FranceAgriMer).
Or, ces dernières années, la roue tourne. Porté par une génération de vignerons curieux, le Grolleau se reconquiert : vinifié en rouge léger ou en rosé sec (notamment dans l’Anjou et le Rosé d’Anjou), il révèle des vins joyeux, souples, à peine poivrés, d’une buvabilité redoutable.
Profil et terroirs d’Anjou
- Profil : Robe claire, nez sur la fraise, la groseille, le poivre blanc, parfois la réglisse. Bouche fluide, tannins légers, finale tendre évoquant la framboise écrasée sur une tartine.
- Terroirs : Prédilection pour les sols schisteux de l’Anjou Noir (coteaux du Layon, Aubance) mais aussi des terrasses alluviales (Loire, Layon) pour le rosé.
- Vinification : Les rouges sont désormais travaillés en grappe entière ou en cuvaisons brèves (3 à 7 jours). Certains vignerons expérimentent l’élevage en amphore pour plus de légèreté.
- Appellations : Anjou, Rosé d’Anjou (où il doit dominer à 70%), mais aussi Anjou Gamay, où il joue parfois le rôle d’appoint.
Anecdotes et renaissance
Le Grolleau fut, paraît-il, le vin préféré du célèbre gastronome Curnonsky au début du XXe siècle, pour accompagner les viandes froides et les rillettes – un clin d’œil à la gastronomie ligérienne ! Aujourd’hui, sa renaissance doit beaucoup aux vignerons natures (Domaine des Roches Neuves, Les Griottes…), qui l’ont sorti du carcan des vins “faciles”, lui retrouvant fraîcheur, éclat et digestibilité.